Chronique du singe blÊme 10
J'avale une gorgée de tilleuls. Seul
sur le sable, les pieds dans l'eau, je
rêvasse tranquillement. Le ciel est vert,
ça va de soi : il est presque trente-sept
heures. Le bruit des vagues, cette douce
mélodie familière, me terrorise et je
décide de quitter les lieux.
Je marche à tue-tête sur le pavé numérique
qui mène au village. Je croise un vieil
ami, Madrid, un moustachu énervant
qui fout chaque fois en l'air ma
journée. Je sors de ma poche une paire
d'oreilles que j'enfile histoire de pouvoir
converser. Je préfère les rouges pour
la plage, mais pour discuter ce n'est
pas l'idéal. Mon ami me salue et je lui
crache au nez en guise de bonjour.
Nous marchons ensemble vers le village,
sans nous presser. Madrid me raconte
qu'il était passé à la plage pour vendre
des fémurs à une famille de lémuriens.
Ces derniers ne voulant rien savoir, il a
décidé de se rendre à la place publique
pour détruire leurs réputations.
Une fois arrivés, je m'assois pour observer
le moustachu s'efforcer d'attrouper les
gens. Son filet étant brisé, il tente de
les amadouer en leur promettant des
parts dans son entreprise de foie de
crabe. Certains s'éloignent en rigolant,
d'autres l'injurient en l'accompagnant
au monument central pour son discours.
Mort d'ennui, je m'approche afin de
profiter de l'occasion pour glisser
quelques dépliants dans les poches des
gens pour faire la promotion du nouveau
jardin communautaire.
Cela fait, je m'éloigne lentement en
installant une paire d'oreilles vertes.
Une fois chez moi, je m'installe à la
fenêtre et observe la place publique,
juste à côté. La foule, trois ou quatre
fois plus volumineuse, se déshabille
et lance ses vêtements vers Madrid.
Ce dernier rigole en pointant du doigt
la famille de lémuriens morts sur
la chaussée. |